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RÉPONSE AU COMMUNIQUÉ DU CONSEIL SUPERIEUR DE L’ÉDUCATION DU 7 OCTOBRE 2015 CONCERNANT L’ENQUÊTE SUR LA PERTINENCE DE LA FORMATION GÉNÉRALE AU COLLÉGIAL.

Par Thierry KARSENTI

Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante

Montréal, le 9 octobre 2015 - À la demande de plusieurs enseignants de la formation générale des cégeps et d’autres collègues chercheurs, nous formulons une brève réponse pour faire suite au communiqué du Conseil supérieur de l’éducation (CSÉ) du 7 octobre 2015 qui a répondu à l’enquête sur la pertinence de la formation générale au collégial, lancée le 5 octobre 2015, journée mondiale des enseignants. Nous nous voyons globalement ravis de la « Clarification de la pensée du Conseil supérieur de l’éducation », que l’on retrouve dans ce communiqué (http://www.cse.gouv.qc.ca/FR/Bulletin/index.html#2015-10-07). Néanmoins, leur texte ne reflète pas les visées et objectifs de l’enquête menée. Quelques précisions semblent donc nécessaires.

Une clarification en faveur de la Formation générale bienvenue
Nous souhaitons tout d’abord accueillir avec satisfaction les précisions du CSÉ quant à l’importance de légitimer la Formation générale au collégial dans une approche non clientéliste et qui respecte la mission des cégeps. Il est également satisfaisant de noter la réaffirmation du CSÉ concernant le fait qu’il n’existe pas de données pertinentes disponibles permettant de lier les taux d’échecs et les cours de la Formation générale. C’était aussi notre objectif.

Réponse aux critiques du CSÉ
Tout d’abord, la référence au rapport du CSÉ de 2015 était plutôt anecdotique dans notre document publié le 5 octobre. Le Conseil semble avoir été particulièrement irrité – et nous nous en voyons bien désolés – par l’expression « flirter […] avec l’idée ». La définition de flirter est beaucoup plus nuancée. Flirter, selon le Larousse, signifie, entre autres, « se rapprocher d'adversaires, sans aller jusqu'à une alliance de fait » (source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/flirter/34176). Nous sommes donc bien loin, avec cette expression, d’affirmer d’une quelconque façon que le conseil souhaite « retirer la composante de la formation générale du diplôme d’études collégiales ».

Rappelons que la justification de notre rapport présenté le 5 octobre 2015 est fondée sur trois arguments principaux dont ne fait pas partie l’avis de septembre 2015 du CSÉ soit : (a) le Rapport Demers ; (b) certaines prises de positions de la Fédération des cégeps ainsi que (c) l’avis du CSÉ de 2014. Une des conclusions (et non tout le rapport, on préfère le préciser) du Rapport final du chantier sur l’offre de formation collégiale (2014), signé par Guy Demers, ancien directeur du Cégep de Lévis-Lauzon ouvrait en effet la porte à retirer des éléments de la formation générale dans certains cas. Le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne s’était quant à lui prononcé en faveur d’une réduction du nombre de cours obligatoires à la formation générale. (Source : Le Soleil, 29 août 2014. http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/201408/28/01-4795474-la-federation-descegeps-propose-moins-de-cours-obligatoires.php). Enfin, certaines des conclusions (et non l’intégralité, on préfère à nouveau le préciser) de l’avis publié par le CSÉ en mai 2014 intitulé : Les répercussions de l’introduction d’un cours d’histoire du Québec dans la formation générale commune de l’enseignement collégial poussaient aussi à croire à cette option de la part du CSÉ. En effet, dans ce rapport, le CSÉ invoque clairement deux éléments : plus de choix pour l’étudiant et une autonomie accrue pour les cégeps pour faire évoluer la formation générale. Dans leurs recommandations au ministre, on peut ainsi prendre connaissance de leur proposition d’envisager : « […] une évolution de la formation générale permettant de la diversifier ainsi que d’accroître les choix offerts aux étudiantes et aux étudiants, et la marge de manœuvre des établissements » (p. 32). Ajoutons à cela que, dans ce même rapport, le Conseil supérieur de l’éducation (2014) affirmait aussi que les étudiants trouveraient moins de sens à leurs cours de philosophie et de littérature et qu’il y aurait, selon eux, un « malaise quant aux disciplines qui composent la formation générale commune et propre » (Conseil supérieur de l’éducation, 2014, p. 21).

C’est donc au regard de l’ensemble de ces documents et interventions que nous sommes interrogés sur les risques d’une dérive clientéliste visant à apporter des transformations à la formation générale au collégial.

En conclusion, rappelons que l’objectif du rapport La pertinence de la formation générale au collégial - fondé en grande partie sur les importants travaux du CSÉ - n’était aucunement de critiquer le travail du Conseil supérieur de l’éducation, loin de là. : L’enquête réalisée a plutôt « […] permis de peindre un portrait des professeurs des cégeps qui est fort différent de celui qui découle des divers rapports consultés : des personnes aux prises avec de nombreux défis, qui multiplient les efforts pour adapter leurs cours aux besoins des étudiants et à la société actuelle; qui innovent par l’usage des technologies à des fins éducatives, et qui croient surtout fermement au maintien de la formation générale dans les cégeps » Nous pensons que, par notre travail de recherche, nous avons contribué à l’avancement des connaissances et à l’important et nécessaire débat sur ces questions.