Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE)

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Publication

Joncas, J. A. (2018). La justice aux études supérieures : l'incidence du contexte d'études sur la réalisation de la carrière scolaire de femmes autochtones universitaires. Thèse de doctorat inédite, Université Laval, Québec, Québec.

Résumé

Cette thèse porte sur la justice scolaire aux études supérieures au Canada. Plus précisément, nous nous intéressons à la problématique des faibles taux de scolarisation des étudiants autochtones universitaires. En concordance avec la perspective intersectionnelle, nous avons choisi de travailler uniquement avec des femmes autochtones. L’analyse de la carrière scolaire de femmes autochtones universitaires est particulièrement éclairante pour mieux saisir la justice –ou l’injustice– éducationnelle des systèmes éducatifs canadiens en raison de l’imbrication des oppressions auxquelles elles font face. La théorie de la justice sociale de l’approche par les capabilités d’Amartya Sen et les principaux concepts qui en découlent ont servi d’ancrages théoriques et conceptuels. Cette théorie met l’accent sur les possibilités de choix d’être et de faire que possèdent les individus. Notre objectif de recherche central est d’évaluer l’influence du contexte d’études d’étudiantes autochtones universitaires sur le développement de leurs possibilités réelles de réaliser la carrière scolaire qu’elles valorisent. La stratégie de recherche est l’étude multicas. Deux universités québécoises ont été investiguées. L’une de ces universités détient plusieurs mesures destinées aux étudiants autochtones alors que l’autre en détient très peu. Une analyse des droits et des politiques de même que du contexte d’études et des ressources institutionnelles qui s’adressent de près ou de loin aux étudiants autochtones universitaires a été effectuée. Nous avons aussi mené des entretiens individuels avec des intervenants universitaires et des entretiens sous forme de récit de vie avec des étudiantes autochtones dans chacune des universités investiguées.

Notre processus d’analyse multidimensionnel s’est penché sur les différentes échelles sociales. À l’échelle macrosociale, nous avons fait une analyse documentaire du contexte d’études des répondantes. À l’échelle mésosociale, nous avons réalisé une analyse thématique des données issues des entretiens avec les intervenants universitaires. À l’échelle microsociale, nous avons fait une analyse thématique du récit de la carrière scolaire des étudiantes. Pour clore l’analyse, nous avons fait une analyse transversale de ces trois échelles de données qui nous a permis de répondre à notre objectif de recherche. Plusieurs résultats sont tirés de la thèse. Entre autres, des résultats identifient les effets des initiatives internationales, nationales, provinciales et locales sur le déploiement des possibilités éducationnelles des étudiantes autochtones interrogées. Nous voyons, par exemple, qu’au niveau international, les mesures de la justice concernant l’éducation des peuples autochtones s’appuient principalement sur la conception de la justice de l’égalité de droits. Leur portée réelle sur le développement des possibilités éducationnelles des participantes est peu observable et elles s’en tiennent à un niveau plus rhétorique. Au niveau national, les mesures d’égalité concernant l’éducation postsecondaire des Autochtones relèvent principalement de la conception de la justice de l’égalité des places et des chances comme le Programme d'aide aux étudiants de niveau postsecondaire du gouvernement fédéral. Nos résultats montrent que ce type de mesure favorise l’accès et la réussite aux études universitaires des femmes interrogées, tout en créant certaines discriminations, notamment chez celles qui ont des enfants. Un des constats centraux de la thèse soutient que les espaces d’action pour favoriser la justice scolaire des femmes autochtones se concentrent surtout au niveau local dans les établissements d’enseignement, et spécifiquement, sur les facteurs de conversion. Tiré de l’approche par les capabilités, le concept des facteurs de conversion facilite ou non l’utilisation des ressources (droits, services, bourses, etc.) par les étudiantes pour les transformer en réelles possibilités de réaliser la carrière scolaire envisagée. En effet, dans l’optique de l’égalité des libertés de l’approche par les capabilités de Sen, les établissements d’enseignement peuvent s’appuyer sur des facteurs de conversion positifs (local pour les étudiants autochtones, présence symbolique autochtone, journée d’information pour les étudiants autochtones, etc.) pour augmenter les possibilités réelles des étudiantes autochtones et, à l’inverse, lever les facteurs de conversion négatifs (règles ou pratiques discriminatoires, critères de sélection trop stricts, etc.) qui font obstacle aux possibilités réelles de ces étudiantes. Sans une réelle prise en compte des diverses possibilités d’utilisation des ressources par les étudiants, les institutions risquent de créer des injustices. Un traitement égal pour tous implique très souvent un traitement inégal en faveur des désavantagés. Nos résultats montrent également les effets de l’articulation des multiples injustices liées à l’origine ethnoculturelle et au genre des femmes autochtones sur la justice V scolaire. En effet, les femmes autochtones doivent faire des efforts supplémentaires aux hommes autochtones ou aux femmes allochtones pour réaliser le parcours scolaire qu’elles désirent dans les systèmes éducatifs canadiens en raison de leurs différentes appartenances sociales inscrites dans le contexte postcolonial. Cette situation les mène d’ailleurs vers un activisme de résistance. L’université, terreau d’injustices, est aussi un terreau fertile pour la mobilisation des femmes autochtones. Cette dernière partie confirme l’importance de ne pas évacuer des lois, politiques, mesures et programmes en lien avec l’éducation postsecondaire des femmes autochtones l’intersectionnalité de leurs axes de discrimination.

Pour conclure, l’analyse transversale des données montre bien que dépendamment de la variable de justice sur laquelle elles reposent, les mesures de justice influencent différemment les possibilités réelles des étudiantes autochtones rencontrées de réaliser la carrière scolaire qu’elles souhaitent. Selon nous, la conception de la justice de l’égalité des libertés peut mener vers le processus de décolonisation des universités canadiennes, notamment grâce à des interventions centrées sur les des facteurs de conversion. 

 

This thesis focuses on issues regarding educational justice in Canadian higher education institutions. We are specifically interested in the low education rates of indigenous university students. We adopted an intersectional perspective and chose to exclusively work with indigenous women pursuing higher education at the university level. The analysis of the school career of indigenous women is particularly enlightening to better understand the justice −or injustice− of Canadian educational systems because of the complexity of the multiple forms of oppression they face. The social justice theory of Amartya Sen, founded on the capability approach, and the main concepts to which it relates, shape the basis of this study’s theoretical and conceptual framework. This theory focuses on the individuals’ choices of being and doing. The main objective of this thesis is to assess the influence of the context of studies on the possibilities of indigenous women to achieve the school career they want. Based on a multicase study, we investigated two universities in the province of Quebec (Canada). One of the universities offers very limited support to indigenous students, while the other has numerous measures, policies and services directed towards indigenous students. In each university, we conducted a three-staged data collection process: a) an educational policy analysis (national, provincial and of local policies); b) semi-structured interviews with staff members (faculty and administrative staff) on their professional experience with indigenous students; and c) life story interviews with indigenous women about their school careers. Our multidimensional analysis process looked at different social levels. At the macrosocial level, we conducted a literature review of the respondents' contexts of study. At the mesosocial level, we conducted a thematic analysis of the data gathered from interviews with university staff. At the microsocial level, we made a thematic analysis of the students' school careers. To conclude the analysis, we did a cross-sectional analysis of these three levels of data, which allowed us to meet our research objective. This thesis provides several interesting conclusions. Our results identify the effects of international, national, provincial and local initiatives on the deployment of our participants’ educational possibilities. For example, the international measures addressing indigenous education are mainly based on the conception of equal rights. Our results, however, suggest that these kinds of measures have low impacts on the participants' educational possibilities. Their impacts appear more important at a rhetorical level. The national measures for graduate indigenous students are mainly based on scholarship programs. Our results show that this type of measure favors indigenous women's access to and success in university studies, while creating certain discrimination, particularly against those with children. The results also demonstrate that the most efficient way to promote educational justice for indigenous women is to work on the local level in educational institutions and specifically, on conversion factors. Based on the capability approach, the concept of conversion factors makes it easier (or more difficult) for students to use resources (rights, services, scholarships, etc.) and to turn them into real opportunities to achieve the desired school career. Indeed, educational institutions can rely on positive conversion factors (an office or room for indigenous students, indigenous symbolic presence, particular events intended to provide information for indigenous students, etc.) to increase the real opportunities of indigenous students and, conversely, remove negative conversion factors (discriminatory rules or practices, overly strict selection criteria, etc.) that hinder the real possibilities of these students. Without taking account of the various possibilities that students may have by using resources, educational institutions can create injustices. Equal treatment for all often implies unequal treatment for the disadvantaged. Our results also expose the oppressive effects of the interlocking injustices faced by indigenous women on their school career. For instance, indigenous women are required to work harder compared to indigenous male or non-indigenous women to achieve the educational career they desire in the Canadian postcolonial education systems. However, this situation leads them to resistance activism. The university, a breeding ground for injustice, is also a fertile ground for the mobilization of indigenous women. This last part confirms the importance of considering the intersectionality of the discrimination faced by indigenous women when creating laws, policies, measures and programs.

To conclude, the cross-sectional analysis of the data suggests that depending on their conception of justice, educational measures impact in different ways the school career of indigenous women. Accordingly, we argue that the justice conception of equal freedoms articulated through the capability approach could possibly lead to a decolonization process of Canadian universities, particularly through actions directed on the conversion factors.

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https://corpus.ulaval.ca/jspui/handle/20.500.11794/31148
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