Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE)

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Publication

Lefebvre, S. (2019). Peur de quoi ? L'extrémisme violent au Québec et le paysage médiatique. Montréal, Québec : FRQSC.

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Rapports

Résumé

Les extrémistes commettant des gestes violents se caractérisent généralement par une histoire personnelle difficile, voire de discrimination réelle ou perçue, les concernant eux-mêmes ou le groupe auquel ils s'identifient. Cette histoire se trouve parfois réinterprétée sur la base de l'idéologie nouvelle, revêtant souvent la forme d'une théorie absolue du complot. Des groupes ou des individus extrémistes instrumentalisent ces sentiments bouleversants, à travers les médias sociaux, en ligne et hors ligne. Ils cherchent à atteindre les personnes vulnérables, en particulier des jeunes gens poursuivant une recherche de sens, d'identité et d'appartenance. Ces jeunes développent un rapport souvent hostile envers les médias de masse dans lesquels ils perdent confiance.

De leur côté, une majorité de Québécois estiment que l'extrémisme violent constitue un véritable problème au Québec, mais tous ne s'inquiètent pas des mêmes formes d'extrémisme et expliquent celles-ci différemment en fonction de l'identité du suspect. Ce sont là quelques-unes des conclusions auxquelles est parvenue une équipe interdisciplinaire de chercheurs universitaires, au terme d'un peu plus de deux ans de travaux. Cette équipe a notamment mené des entretiens auprès de plus de 70 individus extrémistes et de personnes de leur entourage, elle a effectué une analyse de contenus médiatiques, des sondages auprès de la population québécoise, des expériences sur les perceptions des médias et des groupes de discussion auprès de professionnels des médias. Les entretiens concernaient surtout les extrémismes de droite, de gauche et islamistes, mais l'ensemble des enquêtes incluait également les extrémismes anti-immigrants, antiféministes et environnementaux.

Dans cette étude, les connaissances scientifiques actuelles ont été intégrées dans un cadre théorique cohérent et parcimonieux : le modèle des 3 C de la radicalisation, qui postule que la radicalisation menant à la violence se produit à la suite de la confluence de trois éléments : l'activation d'un Catalyseur, la présence de Croyances idéologiques et un Cercle de Pairs adhérant à ces mêmes croyances. Ces mêmes éléments peuvent aussi amorcer le processus de déradicalisation.

Plusieurs individus extrémistes nouent un rapport obsessionnel et passionnel avec l'ensemble de l'expérience de radicalisation idéologique. Tel est le cas dans le rapport avec les médias sociaux qui sont consommés sans mesure, en particulier au sein de l'extrême-droite et de l'islamisme radical. Leur vision du monde ainsi que leurs émotions ont tendance à être entières, ce dernier leur apparaît comme tout noir, ou tout blanc, sans nuances. L'extrême-gauche se réfère davantage à des écrits imprimés sur l'idéologie, et ses actes de violence, surtout perpétrés contre des commerces et des biens matériels publics, font moins l'objet de préventions. De manière générale, les médias de masse ont un effet très modeste sur l'extrémisme violent, mais les médias sociaux peuvent en être un vecteur important.

Selon les sondages et les expériences, les Québécois croient que l'extrémisme violent s'explique davantage par des facteurs individuels que sociaux, mais cette interprétation est influencée par l'identité du suspect : lorsque celui-ci porte un prénom francophone plutôt qu'à consonance arabe, les répondants ont davantage tendance à attribuer son acte violent à un problème de santé mentale et moins au terrorisme. La couverture médiatique associe elle aussi davantage la santé mentale aux meurtriers portant un nom les rapprochant du groupe majoritaire. Les professionnels des médias constatent une polarisation des opinions dans les commentaires parfois violents de leur public qui semble éprouver des difficultés à différencier les genres journalistiques. L'une des expériences portant sur les perceptions des médias permet d'observer que chez bon nombre de personnes, les commentaires sur les médias sociaux se substituent aux nouvelles traditionnelles. On retiendra le fait que parmi les divers types d'extrémismes, l'idéologie antiféministe est peu reconnue et considérée comme une forme de violence.

Parmi les pistes d'intervention, malgré l'importance que prennent les médias sociaux dans la vie des gens, des jeunes en particulier, on note une insuffisante prise en compte de leur rôle, de leur portée sur l'éducation, et de leurs enjeux dans les familles. Il importe aussi d'éduquer au sujet de l'usage des médias de masse, de leur rôle et des genres journalistiques. Enfin, au cœur de la prévention d'autres voies d'action que les engagements dans des idéologies extrémistes doivent être offertes, à savoir des projets plus raisonnés et pragmatiques qui répondent aux problèmes perçus par les jeunes, les ancrent dans le réel et les extirpent des logiques complotistes qui les conduisent à une impasse.

Lien

http://www.frqsc.gouv.qc.ca/partenariat/nos-resultats-de-recherche/histoire/peur-de-quoi-l-extremisme-violent-au-quebec-et-le-paysage-mediatique-7pnq9fwv1580917438431
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