Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE)

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Publication

Fryer, C. (2021). Les pratiques mobilisées par une enseignante au préscolaire dans la ZPD d’élèves présentant des comportements extériorisés : une mise en lumière des interrelations entre les dimensions affective et cognitive de la relation enseignante-élève. Thèse de doctorat inédite, Université de Sherbrooke.

Résumé

Cette thèse décrit les pratiques d’une enseignante au préscolaire envers des élèves présentant des comportements extériorisés (PCE), ainsi que les réactions de ces élèves, et analyse ces pratiques à la lumière du concept de zone proximale de développement (ZPD; Vygotsky, 1933/2012a). Ce faisant, elle permet de mieux comprendre les interrelations entre les dimensions affective et cognitive qui se développent dans la relation entre cette enseignante et ses élèves (REE) au sein de cette zone. La relation qui s’établit entre les enseignantes et leurs élèves PCE est habituellement pénible et conflictuelle, et ce, dès l’entrée au préscolaire. Il est en effet difficile pour certaines d’entre elles d’interagir adéquatement avec ces d’élèves, précisément en raison de leurs comportements agressifs et violents ainsi que des émotions que ces comportements provoquent en elles (Levasseur et Hamel, 2017; Sutton, 2005). À l’heure actuelle, les études qui valorisent la création d’un lien positif à la maternelle avec les élèves PCE préconisent surtout des pratiques enseignantes centrées sur la prévention ou la diminution des comportements extériorisés (Morrison Bennett et Bratton, 2011; Vancraeyveldt, Verschueren, Van Craeyevelt, Wouters, et Colpin, 2015). Elles sont axées sur la dimension affective de la relation et visent le plus souvent à promouvoir les comportements attendus (Fernandez et al., 2015; Vancraeyveldt et al., 2015), alors que l’enseignante a pour rôle de contribuer au développement global de l’enfant, soit à son développement cognitif et affectif (Conseil supérieur de l’éducation; CSÉ, 2012). Pour leur part, Pianta, La Paro et Hamre (2008) ont défini la relation entre l’enseignante au préscolaire et ses élèves tout venant (ceux qui ne présentent pas de difficulté d’ordre comportemental) en tenant compte de ces deux dimensions. Cette définition est d’ailleurs appuyée empiriquement par quelques auteurs (Goldstein, 1999; Venet, Schmidt, Paradis et Ducreux, 2009), qui ont constaté que les dimensions affective et cognitive de la REE étaient étroitement liées, notamment dans le cadre d’activités d’enseignement apprentissage se situant dans la ZPD des élèves. Nous considérons qu’il est d’autant plus important de tenir compte de cette interdépendance dans le cas des élèves PCE qui sont aux prises avec des émotions qu’ils ont de la difficulté à maitriser (Berkowitz, 1993). C’est pourquoi nous nous demandons si le fait d’intervenir autant sur le plan cognitif que sur le plan affectif auprès des élèves PCE ne contribuerait pas à prévenir et à diminuer les comportements extériorisés ainsi qu’à faciliter l’établissement d’une REE positive tout en favorisant le développement global de ces élèves. C’est dans le cadre d’activités d’enseignement-apprentissage au préscolaire que nous nous intéresserons aux interrelations entre les dimensions affective et cognitive de la relation. Sur le plan théorique, nous nous sommes appuyée sur le concept de ZPD pour mieux comprendre la façon dont ces deux dimensions interagissent constamment tant chez les élèves que chez l’enseignante et dans la relation elle-même. Ainsi, c’est spécifiquement dans la ZPD de l’élève que l’enseignante au préscolaire mettra en place les conditions nécessaires au développement des fonctions cognitives (soit de ses fonctions psychiques supérieures en termes vygotskiens) de l’élève. En tenant compte de ses intérêts et de ses besoins ainsi que de ce qu’il sait faire de manière autonome (soit de son niveau actuel), elle pourra amener celui ci vers son niveau de développement potentiel. Pour ce faire, elle pourra notamment lui proposer des instruments psychologiques qui lui permettront de réaliser les activités d’enseignement apprentissage choisies (Vygotsky, 1933/2012a). C’est grâce à cet accompagnement respectueux des intérêts et du développement actuel de l’enfant que devrait s’établir une REE positive dans le cadre de laquelle l’enseignante pourra amener ce dernier à assimiler peu à peu les exigences de l’école (soit le programme scolaire) (Vygotsky, 1934/2012b). Sur le plan méthodologique, nous avons privilégié l’étude de cas afin d’identifier de manière fine et concrète les pratiques d’une enseignante au préscolaire qui favorisent la création d’une relation positive auprès de ses élèves PCE. Pour ce faire, nous avons également observé les réactions des élèves PCE et les interactions entre l’enseignante et ces derniers. La collecte de données s’est effectuée dans une classe au préscolaire et a consisté à filmer une enseignante et ses élèves, dont trois PCE évalués à deux reprises et identifiés selon le PSA A ou le Profil Socioaffectif Abrégé (agressivité/irritabilité et compétence sociale). Ces enregistrements vidéo, de nature non participante, ont porté sur deux activités d’enseignement apprentissage, l’une réalisée en début d’année et l’autre à la fin de l’année. Nous avons rédigé les verbatims de chacune de ces activités et, après les avoir analysés, nous les avons découpés en quatre moments clé: 1) l’accueil des élèves; 2) le message du jour; 3) la présentation du concept à l’étude suivie de l’explication du travail à réaliser et 4) le réinvestissement. Cette organisation des données recueillies nous a permis de coder chacune des pratiques développementales et d’accompagnement de l’enseignante selon les dimensions affective et cognitive de la REE qui se déploient au sein de la ZPD et, par conséquent, de construire une grille d’analyse claire et structurée. Nos résultats montrent que l’enseignante recourt à des pratiques qui mobilisent en alternance et conjointement les dimensions affective et cognitive de la relation. L’enseignante observée engage les élèves dans les activités d’enseignement-apprentissage en s’appuyant sur un affect positif et intervient très fréquemment dans la ZPD de ses élèves PCE, dans la mesure où elle vérifie leur développement actuel (en observant ce qu’ils savent faire seuls) avant de viser leur développement potentiel. Ce faisant, elle tient compte à la fois de leurs capacités cognitives et affectives, comme elle le fait d’ailleurs avec tous les autres élèves de la classe. Nos résultats permettent d’illustrer concrètement la façon dont l’enseignante a procédé pour établir une relation positive en particulier avec l’un de ses élèves PCE. L’originalité de cette thèse réside dans le fait qu’elle permet : 1) de conceptualiser les interrelations entre les dimensions affective et cognitive de la REE au regard du concept de ZPD; 2) de proposer une grille d’analyse de pratiques précises et concrètes qui contribuent à opérationnaliser le concept de ZPD; et enfin 3) de montrer qu’il est possible d’intervenir d’une manière différente auprès des élèves PCE en adoptant des pratiques de nature affective et cognitive qui s’inscrivent dans leur ZPD. Ainsi, sur le plan scientifique, les résultats de cette thèse mettent en lumière l’interdépendance constante qui s’établit entre les dimensions affective et cognitive du psychisme de l’adulte et de l’enfant et se manifestent dans leurs interactions et donc dans la REE. Par ailleurs, les résultats de cette thèse pourraient avoir une incidence positive sur la formation initiale et continue en suscitant des prises de conscience chez les enseignant(e)s en devenir ou déjà en poste quant à l’importance d’intervenir dans la ZPD des élèves PCE pour favoriser la création d’une REE positive.

Lien

https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/17897
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